22.10.2019 – Lucil B.

#Portrait : Originaire de Lyon et après avoir vécu plusieurs années à Lille, Amandine, 24 ans, est devenue volontaire chez Exeko en juin 2019, à Montréal. Aujourd’hui, elle nous partage son expérience et ses coups de cœur de ses 5 premiers mois passés au Québec !

Exeko, c’est un organisme d’innovation sociale qui a pour mission de bâtir une société plus inclusive en utilisant l’art et la philosophie auprès des personnes en situation ou à risque de marginalisation. Exeko reconnaît avant tout le potentiel de chacun.e à réfléchir, analyser, agir, créer et être partie prenante de la société en présumant l’égalité des intelligences. L’organisme fournit des espaces sécuritaires et égalitaires de réflexion et de participation citoyenne, dans l’espace public comme dans des espaces communautaires fermés.

 

Que fais-tu chez Exeko ?

Je m’occupe de la coordination de projets pour les jeunes dans Montréal. Des séries d’ateliers sont proposées à divers organismes communautaires de la ville dans le but de permettre aux participant.e.s de développer leur esprit critique face aux manipulations ou aux préjugés et de discuter de sujets sociaux à travers plusieurs approches interactives et créatives, permettant ainsi l’expression libre de chacun.e. L’organisation de ces séries d’ateliers de réflexion demande une certaine préparation et un certain suivi, notamment avec les partenaires communautaires et les équipes de médiation qui vont au contact des participant.e.s. Je m’assure que les paramètres soient clairement définis en amont avec les organismes dont Exeko rejoint les usager.ère.s, je transmets les informations pertinentes aux équipes de médiation et je suis continuellement le relais entre Exeko et nos partenaires.

J’ai aussi la chance de pouvoir directement vivre des rencontres formidables et d’avoir des discussions particulièrement intéressantes sur le terrain. Exeko m’offre l’opportunité de mobiliser mes compétences dans le domaine de l’audiovisuel malgré le fait que je n’ai aucun diplôme dans le secteur. J’aide le service des communications en apportant ma vision de plusieurs projets grâce à ma caméra, en essayant de capter les moments de médiation au plus près de leur réalité.

 

Quel est ton parcours ?

A bientôt 24 ans, je suis ingénieure dans le textile. Après le lycée, j’ai effectué deux ans de classe préparatoire aux grandes écoles puis trois ans en école d’ingénieur. Après l’obtention de mon diplôme, en seulement quelques mois et quelques contrats, je me suis rendue compte que ma voie n’était pas là et qu’il fallait que je change complètement de vie.

J’ai été bénévole à la Croix-Rouge française plusieurs années en tant qu’équipière secouriste avant d’arriver au Canada. J’y ai compris que je souhaitais que ma vie professionnelle soit axée sur le social et le communautaire. J’ai donc décidé de m’engager dans cette mission de service civique d’abord pour vivre une expérience, sans attente particulière, mais toujours en gardant en tête qu’il s’agit d’une très belle opportunité pour acquérir de l’expérience, apprendre sur le milieu et m’engager définitivement sur cette route.

 

Pourquoi avoir choisi cette mission de service civique ?

Je souhaitais partir de France un moment pour m’ouvrir l’esprit et quitter ma routine. J’aurais pu décider de seulement voyager, ce qui m’aurait permis d’être complètement libre dans mes déplacements et dans le temps, mais je considère que pour s’imprégner des différences culturelles et les comprendre, il faut vivre le quotidien de l’endroit où l’on est. Au final, j’ai quitté ma routine française pour en construire une nouvelle ici, à Montréal. Je ne regrette absolument pas cette décision.

Le choix d’une mission de Service civique a été une évidence à l’instant où j’ai su qu’il était possible de partir à l’étranger grâce à ce programme. M’engager pour une cause en laquelle je crois était important pour moi et c’est exactement ce que j’ai trouvé chez Exeko. Grâce à mon expérience de bénévole, je savais qu’une telle mission allait m’enrichir et me faire évoluer. Je ne m’étais pas trompée.

 

Qu’est-ce que ton organisme d’accueil t’apporte ?

Avant toute chose, Exeko m’a appris qu’un environnement de travail bienveillant et collaboratif est possible. Je me suis tout de suite sentie intégrée et légitime dans mon rôle de volontaire grâce à l’équipe, qu’il s’agisse du bureau ou des médiateur.rice.s qui vont à la rencontre des gens.

Il y a une réalité du terrain qui est difficile : l’exclusion et la marginalisation sont énormément présentes en ville, qu’il s’agisse d’itinérance ou de toxicomanie. On ne s’en rend pas compte lorsque l’on vit dans un milieu privilégié et j’apprends à le voir de plus en plus au fil du temps. C’est une vision de Montréal que m’apporte Exeko. En prendre conscience me permet de trouver d’autant plus de sens dans mon envie de travailler auprès des populations marginalisées.

A force d’aller sur le terrain, je commence aussi à vraiment intégrer la philosophie d’Exeko. Nous avons tous.tes certains préjugés, j’apprends petit à petit à les déconstruire pour pouvoir créer des ponts égalitaires dans mes interactions sur le terrain comme dans mes relations personnelles.

 

Que fais-tu de ton temps libre en dehors de ta mission ? Es-tu engagée dans d’autres projets ?

Je travaille 30 heures par semaine, ce qui me laisse le temps d’avoir des projets personnels et de profiter de mon temps libre. J’ai sans cesse besoin de créer, j’ai un gros objectif de réalisation vidéo. Je souhaite filmer des moments de ma vie à Montréal et d’en faire un témoignage de ma vision de cette ville et de comment elle m’a changée. Je fais aussi de la musique – j’ai mon propre home studio, cela me prend beaucoup de temps également.

Au-delà de ça, j’ai la chance de vivre dans une colocation avec quatorze autres personnes, si ce n’est plus de temps en temps quand des amis viennent chez nous pour un moment. Il y a toujours quelqu’un pour bouger et partir en fin de semaine. L’été à Montréal est extrêmement vivant, j’ai eu l’occasion de participer à pas mal de festivals et de beaucoup sortir. Je suis partie en road trip pendant dix jours et j’ai été quelques fins de semaine en camping pour me ressourcer et découvrir la nature du Québec. Il suffit de faire à peine deux heures de route hors de Montréal pour découvrir la multitude de paysages que peut offrir cette région.

 

Qu’as-tu visité ? Quels sont les lieux qui t’ont émerveillée ?

Je suis partie en Gaspésie avec une amie pendant dix jours. On a fait le tour en passant par le sud, c’était sublime. Je conseille vraiment de prendre le temps de découvrir cette région. Il y a deux auberges festives où je conseille de s’arrêter si on aime les ambiances conviviales : le Griffon, près de Gaspé, et le Sea Shack, à Sainte-Anne-des-Monts.

Au mois d’octobre, je suis aussi allée faire plusieurs randonnées au beau milieu de parcs nationaux, dont celui de Mont-Tremblant. Les couleurs de l’automne m’ont vraiment marquée par leur beauté. C’est en pleine nature que je me suis rendue compte que j’étais bel et bien au Canada.

Sinon, je compte aller plus au nord et à l’ouest du pays dans les prochains mois. La diversité des paysages est impressionnante tellement le Canada est vaste. Les possibilités de découverte sont infinies ici.

 

Comment as-tu appréhendé ton arrivée dans ton nouvel environnement ?

J’ai eu l’immense privilège, comparé à certains, d’avoir trouvé un logement avant d’arriver sur place. J’ai eu un stress non négligeable en moins dans la préparation de mon voyage, ce qui m’a permis de partir sereine. La première semaine après mon arrivée, ma chambre n’était pas disponible alors j’ai été hébergée par un couple d’amis qui m’ont beaucoup aidée en me donnant plein d’informations et de bonnes adresses.

Il m’a fallu environ deux semaines pour faire mes marques dans ma colocation et dans la vie montréalaise de façon plus générale. Ici, le quotidien ressemble beaucoup à celui de la France mais il y a tout de même certaines différences. Par exemple, le tutoiement est très souvent de rigueur, même lorsqu’on ne connaît pas la personne en face de soi. Je me suis tout de suite sentie à l’aise car je trouve que les gens sont beaucoup plus chaleureux lors des premiers contacts.

 

Peux-tu décrire ta vie à Montréal ? L’atmosphère dans laquelle tu es plongée ?

Montréal est une ville pleine de vie. Dans la semaine, il peut m’arriver d’aller boire un verre avec des amis ou d’aller à des petits évènements dans des bars. Il n’y a pas une fin de semaine où je ne fais rien : sortie en boîte, concerts, camping, chalet…

Je vis dans une bulle où je considère chacun et chacune de mes colocs comme de véritables amis. Ça aide énormément lors des coups de mou. Mon environnement professionnel étant également extrêmement bienveillant, je n’ai aucune pression et aucune anxiété, contrairement à ce que j’ai pu vivre en France. Et ça me fait énormément de bien.

 

Qu’est-ce que tu as appris depuis ton arrivée au Canada ? 

J’ai appris que la France a encore beaucoup de travail à faire sur les questions d’inclusion et de tolérance. Le Québec est loin d’être parfait, il y a d’énormes problèmes de racisme envers les personnes racisées et autochtones, par exemple. Mais sur les questions relatives au genre, à l’orientation sexuelle et à la liberté d’être soi notamment, la différence est très nette. J’ai l’impression qu’il n’y a que très peu de jugement dans le regard des gens, ici au Canada.

 

Te projettes-tu vers l’avenir ? Quels sont tes projets après ton Service civique ?

Je ne me projette jamais et je suis plutôt quelqu’un qui prend des décisions sur des coups de tête. Mais pour une fois, je sais qu’une partie de mon avenir après le service civique continuera au Canada. J’ai fait une demande de PVT pour pouvoir rester à la fin de mon mandat. Je ne suis pas sûre de vouloir y vivre toute ma vie mais au moins quelques années.

Je souhaite continuer à travailler dans le communautaire. C’est un milieu qui manque cruellement de personnel au Québec, et en particulier à Montréal, alors je compte combler ce manque pour un certain temps. L’avenir nous dira le reste…

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