Du 18 au 22 février 2019, s’est déroulée une formation de formateur-rice-s « Libres Ensemble », à Paris, en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie, OIF, et le Bureau international de la jeunesse, BIJ. À cette occasion, l’Office franco-québécois pour la jeunesse a soutenu 2 jeunes françaises. 

Le projet « Libres Ensemble » a été lancé par l’OIF, au printemps 2016, suite aux attentats ayant touchés l’espace francophone. À l’origine, il s’agissait d’une campagne de sensibilisation pour réapprendre à vivre ensemble. L’objectif était alors de réaffirmer les valeurs fondamentales de liberté, de paix, de partage et de solidarité au sein de la jeunesse francophone, et plus largement.

Cette initiative a été portée par de nombreux partenaires : le BIJ, l’OFQJ, Les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ), l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF), la CONFEJES et la CONFEMEN ainsi que TV5Monde et le groupe France Médias monde. Bien sûr, ce projet a pu être mené à bien grâce aux millions de jeunes francophones, issus des cinq continents, mobilisés à affirmer leur attachement au vivre ensemble, à la liberté et à la vie, quand le repli sur soi, le rejet de l’autre et l’intolérance culturelle, sociale et religieuse n’ont jamais tant progressé, partout à travers le monde. Ils désirent aujourd’hui « vivre libres ensemble ».

C’est de cette initiative qu’est née la boîte à outils « Libres Ensemble », pensée par l’OIF et le BIJ. Elle a pour vocation d’être partagée aux jeunes francophones venant du monde entier. Ainsi, depuis deux ans, ces organismes proposent de former ces jeunes à travers la Francophonie. Cette dernière session, du 18 au 22 février, s’est déroulée à Paris, au siège de l’OIF. Une des participantes, soutenue par l’OFQJ, a accepté de répondre à nos questions.

En quoi consistait cette semaine de formation ?

 La jeunesse francophone s’est retrouvée à Paris pour une formation des formateurs « Libres Ensemble ». En effet, nous étions une vingtaine de jeunes femmes et hommes, âgés de 20 à 35 ans, venant de différents pays de la Francophonie – Arménie, Belgique, Égypte, France, Haïti, Québec, Sénégal, Tchad, à nous déplacer à Paris dans l’objectif de devenir des futurs formateurs de « Libres Ensemble ».

Durant une semaine, nous nous sommes pris au jeu – avec sérieux et une pincée de rires, à différentes activités proposées par deux formateurs, venant du Maroc et de Belgique, eux aussi initiés préalablement à cette éducation non-formelle ou éducation populaire. À la fin de cette semaine, les rôles se sont finalement inversés : nous nous sommes retrouvés, chacun à notre tour, dans la position du formateur, proposant des activités au groupe. C’est donc en conclusion de cette semaine que nous nous sommes vu remettre un certificat de formateurs « Libres Ensemble ».

Qu’est-ce que la boîte à outils « Libres Ensemble » ? Quels en sont ses objectifs ?

 Cette boîte à outils est un véritable trésor. Autour des valeurs du « Libres Ensemble » – ou comment vivre ensemble à travers le monde, le respect des êtres humains, des cultures, des opinions, la solidarité et la liberté, une multitude d’animations nous sont proposées.

Cette boîte à outils a été conçue pour toute personne travaillant avec des jeunes à partir de 15 ans, souhaitant agir dans la continuité de cette initiative.

En ce qui concerne l’application de ces animations, elles permettent de mettre en pratique des activités en groupe sur les sujets du respect, de la solidarité et de la liberté. Il s’agira d’une animation ludique, le plus souvent sous forme de « jeu », qui amène ensuite à un temps d’échanges, de débats et de prise de conscience sur différents sujets comme les préjugés et les discriminations, les inégalités sociales et sociétales mais aussi sur la richesse de la diversité et de l’interculturel.

Selon toi, quels ont été les temps forts de cette semaine ?

Cette semaine a été très riche en émotions, et ce, dès le départ ! Peu de temps après notre arrivée, nous avons eu la chance d’assister à la présentation de l’exposition « La Voix des Femmes Autochtones », par Anne Pastor, journaliste à Radio France. J’ai trouvé ce moment réellement émouvant, qui relatait de la voix de l’émancipation des femmes, partout dans le monde. « Les femmes accomplissent deux-tiers du travail mondial, produisent la moitié de la nourriture, mais pourtant, ne perçoivent que 10% des revenus ». Grâce à la retranscription de la journaliste, nous avons eu une certaine proximité avec ces femmes, nous connaissions leur parcours de femmes battantes. Ce moment a permis de sensibiliser le groupe à la lutte en faveur des droits des femmes, de manière internationale.

Une activité m’a particulièrement touchée. Le groupe était en cercle, nous étions en binôme avec la personne en face de nous. Il fallait échanger nos places, en passant par le centre, toujours le centre. Au milieu de ce cercle, se trouvait une personne nommée Albane. Cette dernière ne parlait pas, ne communiquait qu’avec des gestes, des regards. Il ne fallait pas la toucher, elle ne l’acceptait pas. Il nous était alors impossible de passer pour remplir notre objectif. Pourtant, le groupe a tout imaginé : la déplacer de force, la faire s’assoir. Tout ça, sans lui parler, sans se préoccuper d’elle. J’ai fini par m’approcher d’Albane, apprendre à la connaître, la rassurer, respecter ses besoins. Il a fallu beaucoup de patience, mais nous avons créé du lien. Nous avons compris que si nous pouvions passer seulement en « abîmant » ses besoins, il nous faudrait revoir les nôtres. Cette activité avait pour but de nous sensibiliser à la diversité, à la différence des cultures. Oui, nous avons des objectifs personnels, mais quel est l’intérêt de notre émancipation si nous ne respectons pas, si nous baffions les besoins d’autrui ?

Les activités menées tout au long de cette semaine nous ont permis de mettre une image sur des réalités dont nous sommes acteurs et/ou observateurs au quotidien. Elles nous ont permis un certain recul, une remise en question sur le respect de l’autre, et de sa différence.

Pour terminer, je relève également les échanges informels que nous avons pu avoir dans un groupe issu de diverses cultures, avec la francophonie en commun. Ces rencontres ont été très précieuses, très émouvantes. Les combats que chacune et chacun mènent dans leur pays respectif sont considérablement une source d’espoir pour moi. Les liens que nous avons tissés en une semaine perdureront, nous savons que nous pourrons nous retrouver au Québec, en Belgique ou encore au Sénégal pour partager une nouvelle fois nos expériences.

Pourquoi la jeunesse est-elle au centre du « Libres Ensemble » ?

La jeunesse est une actrice incontournable du vivre-ensemble. Parfois considérée comme utopiste, elle se mobilise pour de nombreuses causes et problématiques actuelles : le dérèglement climatique, le droit des femmes, les inégalités et bien d’autres. La jeunesse est vectrice du changement de demain. J’espère et je crois qu’elle est plus apte à comprendre l’autre, à accepter la différence et voir celle-ci comme une chance et non pas un frein. C’est finalement ce qui a résulté de cette semaine et de nos nombreuses réflexions sur les droits humains pour lesquels nous devons nous battre au quotidien, pour autrui. Nos échanges des plus riches m’ont permis de prendre conscience que nous ne sommes pas seuls à désirer ce changement. La jeunesse forme un groupe à travers les continents, se considérant comme des citoyennes et citoyens du monde, voulant évoluer ensemble et non pas se replier sur soi.

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