le blogue de Etienne Landry-Désy 
production de biens • Stagiaire
Stage de recherche industrielle en métallurgie du cuivre
programme Coopération institutionnelle étudiante
23/08/2007 • C'est la fin...
« Me voilà de retour dans mes affaires, confortablement installé à la table de la cuisine qui m’a vu grandir… et presque remis du décalage horaire! Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le retour n’est pas vraiment difficile, ça fait juste un peu changement! Passer de Paris, ville bondée, animée, remplie… à ici, la région tranquille et apaisante. Le boulevard Talbot, à Chicoutimi, ce qui est probablement la plus grosse artère urbaine de la région, fait un peu pitié!!! On s’habitue à tout ici, et on apprécie tout aussi, mais j’avoue que ça fait un choc de voir « les grands espaces »… de stationnement!
Ca fait tout de même beaucoup de bien d’être de retour, de retrouver mon monde et mes petites affaires, je suis un gars d’ici qui est bien ici. Faut que je me réhabitue là, mais ça viendra bien assez vite! Je comprends toutefois le sentiment qu’ont les français en arrivant ici, après avoir traversé le fameux Parc des Laurentides! Moi-même, je l’ai trouvé immense, vaste! Et puis en arrivant ici, on se sent ailleurs, tranquille… On peut bien rire d’eux quand ils nous sortent leurs histoires de grands espaces et de petits coins perdus dans le bois… C’est un peu diminutif et pas toujours très sympathique comme c’est dit, mais ils sont loin d’avoir tors!!! Ceci dit, c’est tellement beau, tellement l’fun et apaisant… Ca rend heureux et c’est nettement plus agréable que Paris!
Pour terminer ce blogue et ce voyage, après une conclusion plus pratico-pratique lors de mon dernier billet, je voulais parler un peu de mes impressions et mes opinions sur la société française de laquelle je suis loin de tout connaître, mais sur laquelle j’ai toutefois quelques idées à partager… J’en choquerai peut-être quelques uns au passage, toutes mes excuses. Ce que j’exprimerai ici ne sont que mes idées, une vision des choses qui est largement discutable et bien entendu qui ne veut viser personne en particulier! Il est bien important de comprendre que je parle d’une société et non de personnes, parce que contrairement à l’idée préconçue de très nombreux québécois, je n’ai rencontré cet été que des français sympathiques et serviables, aucun chiant ou arrogant. Ainsi, le présent billet ne veut aucunement conforter ces opinions à la rigueur racistes au sujet de ce que ces québécois nomment affectueusement « les maudits français », bien au contraire!
« Liberté, Égalité, Fraternité ». Trois valeurs, trois idéaux, trois fondements d’une société… ou à tout le moins trois « à crères ». Pour les politiciens, pour les discours et pour les belles paroles, trois valeurs phares qui prétendent guider cette belle et grande société. Vu de mes yeux on dira que « c’est pour impressionner le beau monde » comme dirait un prof de physique mémorable… Dans les faits, dans la rue, dans la vie de tous les jours, ces trois valeurs ne sont pas partagées et sont parfois moins évidentes qu’elles peuvent l’être ici, au Québec…
Je vous donnerai quelques exemples en vrac pour étayer mon propos, libre à vous de partager mon opinion ou non! Ainsi, parlons d’un élément que je trouve déplorable mais dont j’ai directement bénéficié : l’éternelle compétition dans laquelle tous semblent engagés dès le plus jeune âge : être le premier de classe, gagner les concours et les compétitions, avoir plus raison que l’autre qui a aussi raison… On dira que ça existe partout, c’est vrai! Sauf que ça n’a pas partout la même valeur!
Une marche importante de cette compétition, ce sont les grandes écoles, là où on entre sur concours, parce qu’on est le meilleur, qu’on est bon et qu’on le mérite. En soit ce n’est pas si mauvais. Ca permet de rassembler l’élite pour pousser chaque étudiant à la limite de ses capacités et former de meilleurs professionnels. Là je suis d’accord. Mais en tant que petit québécois de l’UQAC, c’est une drôle d’expérience. J’ai eu la chance d’être dans une grande école, l’École Nationale Supérieure des Mines de Paris, toujours dans le top 3 des écoles d’ingénieurs en France.
Fallait voir la tête des français quand je leur disais que je fréquentais cette institution… La mâchoire leur décrochait! Une personne rencontrée au hasard change complètement son opinion de moi, sa manière de me présenter les choses et de me jauger parce que je suis aux Mines à Paris. C’est fou! Automatiquement, elle se dit : « Ah. Lui il est bollé ». Quelle catastrophe! Parce que je suis là, je suis forcément bon… peut-être, merci du compliment, c’est flatteur! Mais est-ce que pour autant l’autre gars à côté de moi qui n’est pas passé par là est pourrit???
Malgré tout le respect que je dois à l’UQAC et aux personnes qui font cette université, ça voudrait dire à l’échelle québécoise que parce que je fréquente l’institution saguenéenne, je suis assurément moins bon qu’un gars de McGill??!? Voyons donc! C’est l’école qui fait le diplôme, mais ce n’est pas le diplôme qui fait le gars! Il y a de super bons étudiants à l’UQAC qui feront des ingénieurs de première qualité j’en suis convaincu. Mais ces gars là n’auraient jamais pu mettre les pieds dans une grande école française, et pourtant! Et puis si moi j’avais été français, j’aurais pourtant probablement vécu toute mon existence dans le but ultime de mettre les pieds dans une de ces grandes écoles, là où le passage assure une grande carrière et beaucoup de succès partout… C’est bien pour ceux qui en profitent, mais c’est tellement moche pour tous les autres!
Bon, les 35 heures maintenant. En fait, je ne connais pas vraiment beaucoup tout le modèle social français, le fonctionnement et l’organisation de tous leurs trucs. C’est bien trop compliqué! Ce que je peux dire par contre, pour avoir côtoyé des milieux de travail, c’est qu’il y a un problème. Les français sont pris: ils veulent à la fois les meilleures conditions de travail au monde, petites semaines de travail et une tonne de congés, ils veulent aussi des rendements et de la productivité comme les autres pays d’Europe… Le beurre et l’argent du beurre… Petit paradoxe!
En fait, les ouvriers, les employés ne veulent que le beurre et les patrons ne veulent que l’argent du beurre. D’où les éternelles grèves qui font leur réputation! Sauf que à terme, les employés qui ne veulent pas trop travailler veulent une excellente sécurité sociale, veulent des routes en parfait état, veulent une armée forte et fière… bref demandent à ce qu’on crée de la richesse sans pour autant vouloir mettre la main à la pâte. Vous direz que toutes les sociétés sont comme ça, qu’elles chialent quand on coupe dans les services mais qui rouspètent encore plus quand on monte les impôts… C’est très vrai, sauf que les français se tiennent plus unis et organisés que d’autres, et ils chialent plus fort!
Et ils ne semblent jamais prêts à accepter le modèle économique dans lequel ils sont pourtant pris. Moi là dedans, je dis soyez conscient de ce que vous faites et de ce que vous voulez. Je n’ai aucun problème à ce que vous ayez plus de congés qu’ailleurs, ni que vous ayez plus de services, ce sera comme bon vous semble. Mais arrêtez de vous mettre la tête dans le sable et de rouspéter pour tout, assumez ce que vous voulez et allez-y jusqu’au bout! Quelqu’un doit payer, en France ou ailleurs, voyez le et comprenez le!
Les actionnaires exigent du rendement des patrons d’entreprises qui à leur tour demandent à leur employés de se forcer. Et les actionnaires, par le biais de leurs fonds de pension, ce sont… les employés! Tout le monde connaît cette petite roue simpliste, elle existe partout. Mais trop de gens l’oublient vite! Qui demande du rendement? Celui qui veut prendre sa retraite à 60 ans parce que justement son patron lui en exige trop, du rendement! Peut-être parce que les français ont la capacité de se plaindre plus fort que les autres, ce paradoxe est vraiment très évident dans les milieux de travail que j’au vus là-bas…
Parlons d’un tout autre sujet : la crise des banlieues. Si j’étais un black de Seine-St-Denis, en banlieue de Paris, j’y aurais pris part à cette insurrection de novembre 2005! Je les comprends tellement! Paris, c’est rempli de ghettos, des ghettos modernes et ignorés. La ligne D du RER, celle que je prenais tous les jours ou presque, elle dessert des communes, des cités entièrement noires. Les « bidonvilles » modernes de Paris. Là, rien n’est aussi beau, aussi bien entretenu qu’ailleurs. On dit que la ligne D du RER offre un très mauvais service. Par contre, jamais on n’entend parler de la ligne A. Et pour cause, cette dernière dessert les banlieues plus riches et plus blanches. Trop facile comme raisonnement. Tout à fait d’accord! Mais tout de même, drôle de coïncidence!
Un exemple tout bête : pendant tout l’été, l’escalier mécanique de la gare d’Évry-Courcouronnes, là où je passais pour aller au travail, a été hors fonction. Par contre, celui de la Cité Universitaire a été réparé en moins de deux semaines. Je ne connais pas la gravité des réparations nécessaires, mais ça me dérange tout de même un peu! Et puis dans ce même RER, il m’est arrivé régulièrement d’être le seul blanc dans un wagon de noirs… le seul blanc sur 100 personnes. Pourquoi? Parce que les blancs n’utilisent pas le RER? Parce que les noirs ne travaillent pas et voyagent donc aux heures où je circulais (milieu d’avant-midi)? Parce que les blancs on peur de voyager avec les noirs? Peu importe l’explication, une si grande concentration de gens issus de l’immigration est certainement synonyme d’un problème à ce sujet!
Autre élément inquiétant : le département « propreté de Paris ». C’est une brigade de je ne sais combien de milliers de personnes, de dizaines de camions à eau, de balayeuses mécaniques, de « camions à vidanges » ou de simples chariots de concierge équipés pour nettoyer les trottoirs, pour faire le ménage des moindres recoins de Paris. Le hic, c’est que dans cette armée de cols bleus, il n’y au AUCUN blanc. Que des noirs ou des maghrébins. Soit que les blanc ont trop de classe pour nettoyer les rues, soit que les noirs n’en ont pas assez pour être hommes d’affaires (je n’en ai d’ailleurs pas vu beaucoup, de ces noirs en complet-cravate!), soit un mélange des deux… Et pourtant… A Londres, il y a des noirs, des blancs, les jaunes… de tout pour faire la job sale, pas juste les immigrants, bien au contraire! Pourquoi est-ce ainsi? Je ne comprends pas tout, j’observe!
Autre petit élément pouvant expliquer la crise des banlieues, élément observé au gré de mes balades et au fil des jours : l’arrogance provocatrice des policiers. Ils sont si fiers dans leurs pantalons moulants, leur T-Shirts écrits POLICE dans le dos et leur coupe de cheveux en brosse style armée… Le prestige de l’uniforme, le pouvoir de la matraque… C’est une autre conséquence de l’éternelle compétition. Comme au Québec mais en pire, les policiers français on gagné la course à la réputation, ils ont le gros bout du bâton! Et si ils ont encore plus gagné, ils sont CRS (équivalent de GRC ou SQ). Là, ôtez-vous du chemin! Ils sont plus gros et plus fins alors méfiez-vous! Ils ont un air tellement peu sympathique, provocateur… Même moi, la caricature parfaite du gars qui ne ferai pas de mal à une mouche, de voir ces gros machos à l’air trop fier pour ce qu’ils sont me fait monter la moutarde au nez!
L’armée peut faire peur et intimider… OK! Mais pas la police tout de même! Étais-ce bien nécessaire d’inventer la « police de proximité »? N’aurait-il pas été préférable de rapprocher toute la police du vrai monde pour instaurer un lien de confiance et de solidarité plutôt qu’une nouvelle brigade chargée de se rapprocher des gens?!? Les banlieues, c’est juste un cri du cœur d’humains prisonniers d’une situation qui ne leur laisse aucune porte de sortie! Pourquoi la sécurité de la RATP demande le ticket de mon voisin noir et pas le mien? Il est aussi propre que moi pourtant, aussi bien habillé!
Tout ça, toutes ces observations, ce sont des choses que vivent à plus ou moins grande échelle toutes les sociétés du monde. En tout cas ça ressemble en beaucoup de points à ce que vit la société québécoise. La différence, c’est l’hypocrisie face à toutes ces questions, la tête d’autruche dans le sable. Les grandes écoles, c’est juste normal. La police fait simplement son travail (même si elle pourrait faire mieux) et le RER D fonctionne mal parce que les voies sont plus vieilles…...... Allez dire que ce train de banlieue marche mal parce qu’il ne transporte pas assez de blancs. On vous baragouinera une explication à dormir debout plutôt que d’admettre, au moins, que ce clivage social saute aux yeux! Et n’essayez pas de parler des éboueurs noirs de Paris. Là c’est une colle monumentale! Que répondre?!? A part pas grand-chose, il n’y a rien à dire là-dessus.
A force de ne rien voir, malheureusement, cette société peine à avancer, et elle n’est manifestement pas prête pour le grand coup de barre (vers la gauche ou la droite, je m’en fous!) dont elle a bien besoin!
Bon, voilà… C’est dit, ce que j’avais d’accumulé sur le cœur depuis quelques mois… Encore une fois, je répète que je n’ai rencontré cet été que des personnes géniales, j’ai adoré mon expérience et je la recommande à tous! Tout ce que j’ai mentionné ici ne concerne que la société française, pas les personnes. Et ce qui y est vécu, ce ne sont que les vrais français, blancs ou d’autres couleurs qui le subissent, pas les étrangers blancs francophones comme nous avons l’honneur d’être, les québécois. Je parle ici de ce que j’ai observé de mes yeux de résident temporaire… Je n’ai rien subit de tout cela et je n’ai eu au fil du temps que des expériences super positives! Encore une fois, allez-y autant que vous pouvez, vous ne verrez jamais tout ce dont je parle ici à moins de le chercher où d’être là longtemps. Et puis de toute façon, tout cela ne nous dérange absolument pas, nous… Ce n’est qu’un peu frustrant, rien de plus!
C’est donc ce qui conclut ce blogue, ce récit de voyage que j’ai eu tant de plaisir à faire tout au long de mon périple! Je m’y suis vu, comme vous l’avez probablement fait, évoluer, découvrir, comprendre et observer… Merci de m’avoir suivi, ce fut un grand bonheur de partager tout cela avec vous. Et à ceux qui voudraient me voir poursuivre maintenant que je suis de retour chez nous, je dis ceci : j’ai toujours détesté les blogues qui racontent les banalités de la vie quotidienne ou les opinions de tous les jours… J’ai écrit parce que j’étais en voyage et que j’avais quelque chose d’unique à partager… Pas par manque d’attention! Maintenant c’est fini! Ce que je vivrai pour les prochains mois, vous le vivrez pareil comme moi, la petite vie…
Au revoir! Et qui sait, à la prochaine… Peu importe, je vous souhaite tous les voyages du monde! Allez découvrir, partez voir ailleurs, voyagez! Le monde est vaste, immense. Il y a tant de belles choses à voir! J’espère que même les plus sédentaires d’entre vous aurez le goût de partir, d’aller voir d’autres cultures, d’autres histoires et d’autres pays. Les plages du sud sont belles, c’est vrai. Mais une petite rue de Paris, le Big Ben ou le Mont Blanc, ou encore toutes ces places que je n’ai jamais vues, tout ça mérite qu’on y pose le pied! Bon voyage à tous, je compte sur vous pour me rapporter vos plus belles photos de tous ces coins du monde comme des trophées d’une chasse sans fin! Et plus que des photos et des images, voyagez en ouvrant vos oreilles et votre esprit pour comprendre celui que vous visitez! C’est ça voyager! Je vous dis donc… À bientôt! – ELD »
Commentaires
par François HERRY • 23 Août 2007 21:58
Bravo Etienne pour ton très touchant, sincère et juste plaidoyer pour le vivre-ensemble. Ton dernier billet me rappel la conclusion d'un récit initiatique de Voltaire: Candide. "Il faut cultiver son jardin". En un mot, il faut voyager, découvrir, rencontrer l'Autre. Car finalement, "l'Enfer ce n'est pas les Autres". L'Enfer c'est le refus de s'ouvrir aux autres cultures; la crainte de se confronter à ce qui nous parait si différent; l'angoisse de paraître ridicule face à une situation dont on n'a pas les clés, les codes pour agir, pour bien se comporter. A travers ton dernier billet Etienne, tu nous réaffirme avec force que nous sommes tous "citoyens du monde". Merci à toi. P.S: j'ai une amie française qui est à Montréal pour 5 mois. A travers les récits de son séjour laissés sur son blogue, et à la lecture de tes billets, je peux dire que ce sont nos différences qui nous rapprochent. Car Français ou Québécois, chacun cherche à les comprendre et à les respecter. Chose normale, entre gens de la même famille, cher cousin !
