le blogue de Juliana Léveillé-Trudel 
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29/08/2009 • Salut Saint-Malo
« C’est étrange comme on s’attache aux lieux autant qu’aux personnes. À la veille de quitter Saint-Malo, j’ai l’impression de laisser un vieil ami. Un ami qui m’a fait la vie douce et belle depuis quatre mois. Un ami rencontré depuis peu, mais que j’ai l’impression de connaître depuis longtemps. Un ami que j’ai bien failli ne pas rencontrer. Eh oui, imaginez-vous donc que j’ai failli refuser le poste à Saint-Malo. Je peux bien l’avouer maintenant : j’hésitais à venir. Je revenais tout juste d’un autre voyage, je me demandais si ce n’était pas trop vite. Ça me semble loin tout ça, mais une chose est sûre, c’est que je n’ai jamais regretté d’être venue. Jamais. Je me rappelle la douce réaction des amies à qui j’avais confié mon hésitation : «T’ES FOLLE OU QUOI???!!» Ouf, comme j’aurais été folle, en effet, de refuser. L’été qui vient de passer figure assurément parmi les plus beaux de mon existence. 2009 : l’été malouin. Et si je suis un peu triste de partir, je reviens le cœur et la tête chargés d’images, de souvenirs, d’odeurs, de sons, de visages, de rencontres. Le vent malouin m’a gonflée à bloc : je suis prête à décoller. Ou à prendre le large; restons dans la métaphore marine. J’apporte avec moi l’odeur de la mer, le bruit des vagues sur les rochers, la splendeur des couchers de soleil sur la côte. Je goûterai encore longtemps le caramel au beurre salé, les galettes de blé noir et le cidre bouché brut s’il-vous-plaît; le doux, c’est pour les feluettes. Je garde en tête le sourire de la boulangère, le bonjour claironnant de la factrice, l’énergie du petit-fils de la voisine d’en bas. Le jeune préposé du bar laitier qui nous mettait toujours plus de glace dans le cornet depuis qu’il nous avait croisées dans un bar, la dame du comptoir de la poste qui m’accueillait toujours d’un «C’est pour le Canada?» chaque fois que j’allais poster une lettre et à qui je répondais, invariablement : «Non, c’est pour la France!», le barman du Café d’en face qui faisait jouer de la musique québécoise quand il nous voyait arriver. Les innombrables soupers baguettes-fromages-vin-rillettes, le jogging sur la plage, les trempettes dans l’eau salée. Je crois que la seule chose qui ne me manquera pas, ce sont les quatre étages à monter pour se rendre à notre appartement! Et encore, fallait bien faire passer tout le beurre breton…
D’un autre côté, quatre mois à faire aimer et découvrir le Québec, il y a de quoi retomber amoureux aussi. Je sais que je prendrai un grand plaisir à redécouvrir mon propre pays, et que j’y serai chez moi. J’adore la France, j’y reviendrai, mais je suis une fille de forêts, de lacs, de rivières qui coulent à gros bouillons. D’espace, d’air pur, de fleuve Saint-Laurent. D’hiver aussi. Je suis une Nordique qui s’assume : j’aime l’hiver, je l’avoue. Même que la fonte des neiges m’attriste toujours un peu : ça signifie que je dois ranger skis de fond et raquettes. Bon, je vais m’arrêter, on dirait que je suis en train de réécrire une chanson de Claude Gauthier : «Je suis de lacs et de rivières, je suis de janvier sous zéro!» Ça résume bien. Je ne rentre pas tout de suite au bercail : six semaines de vagabondage en Hollande, dans le sud de la France et en Espagne m’attendent. Mon expérience de blogueuse d’arrête toutefois ici, tout comme ma mission OFQJ. Je n’ai jamais beaucoup aimé les au revoir, ça m’attriste toujours un peu. Mais partir sans dire au revoir à un ami, ça ne se fait pas. Alors Salut Saint-Malo, et t’en fais pas, on se reverra, promis. Et… Merci. »
Commentaires
par Stéphane Cousineau • 29 August 2009 13:20
Merci de nous avoir fais partager ton expérience et fin de séjour
par Sébastien Tellier • 18 November 2009 20:14
En tout cas, si tu écris un roman un de ces jours, j'espère bien me rappeler de ton nom. Je suis en train de lire un livre écrit par un Allemand ces jours-ci et c'est très aride. Il aurait dû prendre des cours avec toi. En plus je suis allé à St-Malo et les villes " portuaires " me font toujours chavirer. Tu me rappelle des souvenirs incroyables, je sens presque l'air de là-bas grâce à toi. Bon après-mdi Sébastien Terrebonne, Québec
