le blogue de Elise Prioleau 
sciences humaines, politiques, juridiques • étudiante en sociologie
Rédactions parisiennes
programme Pécuf
21/10/2008 • Journal
« Paris, le 21 octobre 2008
Incessante et pressante discontinuité d’un mouvement omniprésent : Paris est une lumière radioactive. Moteurs pétaradants, engins-rois de la loi du plus fort, enfilade infinie de pas claquants. Les côtes se heurtent au quotidien, comme l’on dort et l’on boit. Le périphérique court de toutes ses forces autour de la ville, coeur battant à se rompre. Odeur mixte de sueur, d’urine et de parfum bon marché. Le diesel aussi, partout. La ceinture du périmètre comme un disque, rouge d’une énergie grandiose, renouvelée au petit matin. Quand s’envolera-t-elle vers quelques lieux métaphysiques, cette Cité marquée au fer philosophique ? Du fond des âges, les rocs se taisent.
Un rêve de silence, au plus profond d’une nuit dont la seule musique est celle des étoiles. Paris n’a pas dit son dernier mot. Au détour d’une grille, dont l’extrémité du fer noir est parée de feuilles d’or, un horizon vert tendre, fleuri et ensoleillé. La chaleur divine d’un printemps imaginaire, parsemé de feuilles multicolores et craquantes, s’accouple à la danse miniature de quelques moineaux domestiques. Au jardin du Luxembourg, les étudiants se reposent sur les chaises de métal posées çà et là sur un lit de toutes petites pierres beiges et blanches. L’herbe fraîche presque fluorescente côtoie les gerbes de fleurs et les arbres taillés bien ronds. Au cœur de la courbure de ce parc aux chemins arrosés d’un vent frais matinal, un bassin, au bord duquel quelques enfants posent minutieusement un voilier de papier. Destinée incertaine, gage d’aventures pittoresques.
Au détour d’un sentier, la lumière perce alternativement le feuillage opaque des platanes. L’on admire gravement Galatée dans les bras d’Acis le Berger, observés par l’impudique cyclope Polyphème. Témoignage du 17e siècle de Marie de Médicis. Palais devenu Sénat et jardins, lieux de repos, trahissent la beauté ancienne d’un temps enfoui sous la couche métamorphique des idées nouvelles. Une fumée grise s’échappe de l’usine Peugeot, dans un quartier où personne ne va.
Le jeu polyphonique du vent dans les branches langoureuses d’un saule, trace les contours d’une musique venue d’une temporalité révolue. Rêveries, tout au long d’un sentier menant sur l’avenue de l’Observatoire. Et vroum!, sursaut affolant, angoissant. Passage strident d’une motocyclette non avertie. Retour à une réalité saccadée et démesurée. Traces anonymes laissées éparses sur un bitume encore et toujours chaud.
Galatée (dans les bras d’Acis le Berger)
Le nom de cette fille de Nérée et de Doris, qui vivait au large de la Sicile où le Cyclope Polyphème faisait paître ses moutons et ses chèvres, évoque la couleur blanche du lait. Galatée, qui n’aimait pas le corps monstrueux de Polyphème, lui préférera le berger nommé Acis, fils de Pan et de la Nymphe Simaethis.
Commentaires
par patrick ma • 25 October 2008 08:39
t'écris bien, j'espère pouvoir en lire plus bientôt!
par Badih Badih • 01 November 2008 21:43
Cette magnifique écriture que tu as Élise! On te reconnaît parfaitement derrière ces phrases comme des petits poèmes enfilés.
par Hélène • 09 November 2008 14:10
bonjour Élise, tu me fais rêver. La dernière fois que je suis allé au jardin du Luxembourg, Félix n'avait pas deux ans et il avait longuement joué dans le jardin d'enfant (où il fallait payer quelques sous pour entrer, que c'est parfois bizarre la France), et je me souviens de son plaisir et du mien. Et de la beauté magique des lieux. Bon dimanche ma belle.
par Marc Lebel-Racine • 11 November 2008 00:07
Je suis pas un voyeur, disons-le d'emblée, je surfais juste un peu pour voir comment se débrouillent les autres quebecers, mais toi tu as une très belle écriture et tu ressembles à Laure Waridell donc rock on! Non sérieux, Paris ça semble formidable mais déjà à Grenoble, je trouve ça angoissant avec tout le traffic et le tempérament unique des Français... Bon séjour!
