le blogue de Laure Daugé & Ingrid Schoenlaub 
arts de la scène et création • danseuse et violoncelliste
Résidence Les Inclassables
programme Action-Développement
27/07/2008 • LE COUPLE D'EN FACE
« De notre côté, accrochée au C.A.M., s’expose une oeuvre d’art sous forme de plaques vertes qui grincent au gré du vent ; et une seconde, en plastique sale translucide, s’étale par dessus le perron.
En face du Conseil des Arts de Montréal se dresse un immeuble gris et moche, qu’on n’a aucune raison de contempler.
C’était sans compter sur la présence du couple d’en face !
Enfin, “couple”…
Oui, maintenant on peut vraisemblablement parler du “couple”…
Rappelez-vous quand, au loin dans la rue, vous entrevoyez par exemple une altercation entre automobilistes, ou bien un policier qui intervient, tous gens tellement lancés dans leur communication passionnée : leurs mouvements vous laissent imaginer ce qu’ils sont en train de se dire, personnages de Commedia dell’arte qu"ils sont devenus à vos yeux fascinés…
Et bien notre couple d’en face, c’est un peu ça.
C’est son petit manège qui a attiré notre attention vers l’immeuble laid.
Ou, plus exactement, ce sont les vibrations qui émanaient de sa gestuelle…
Notre regard n’a donc pas été attiré par le bâtiment sinon par… la scène du balcon !
Tiens, il y a une pause cigarette en face !
Ils sont plusieurs, s’agit-il d’un bureau ?…
Voilà un homme seul, qui paraît attendre que la porte se rouvre dès qu’il est dehors…
Tiens un homme, tiens une femme maintenant…
On voit bien que ceux-là sont proches, mais pas trop non plus…
L’homme lui dit quelque chose et la femme rit, en renforçant sa réaction de tout son corps…
Elle montre à l’homme qu’il ne lui déplaît pas, que ses blagues font mouche et qu’il peut continuer…
L’homme est complètement concentré à capter la femme, lui et son discours sont focalisés sur elle avec une telle force que même si des centaines d’yeux l’observaient depuis les panneaux verts qui font GRRIN GRRIN, il ne s’en rendrait pas compte…
De jour en jour la pause cigarette avance, l’espace se resserre, le temps s’assouplit, on prend le plaisir d’un appui sur le rebord, l’énergie évolue vers l’intimité…
Un autre jour la femme est seule, pensive…
Et puis voilà, c’est fait, il n’y a plus de distance entre les deux corps que la différence des deux êtres, la femme fait des choses de femme, elle se comporte en Élue, entretient la séduction en développant ses bras fins ; elle approche l’homme pour le taquiner avec sa tête sur son torse, lui faire quelques agaceries…
L’homme lui dépose un petit baiser sur les cheveux et regarde au lointain, tel le guerrier au repos. »
Commentaires
par Jean-Luc de Quebec • 29 July 2008 09:34
Comme vous savez bien capter les frémissements de la vie, en traduire les émotions avec tendresse et lègèreté... Notre beau pays regrettera l'acuité de votre regard et la pertinence de vos témoignages. Vous entrez avec légèreté au coeur des choses, attrapez les papillons qui palpitent et vous retirez sur la pointe des pieds. Revenez nous vite...
