le blogue de Nelly Lepage 
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Odyssée à Montréal
programme Formation et emploi
28/06/2008 • vendredi 27 juin : réflexions sur le travail d'accompagnement, le pouvoir et l'éthique...
« Ce soir, je me questionne sur le travail d’intervenant(e) social(e).
Je suis en repos après 6 jours consécutifs de présence avec les jeunes, soit 51h de travail à la suite, et je n’en peux plus. Déjà le 5ème jour, je commençais à être profondément fatiguée et moins centrée face aux jeunes, donc moins disponible, plus en retrait parfois… et surtout je commençais à me sentir émotionnellement fragile, moins détachée. Ce n’est pas bon, ni pour moi, ni pour les autres. Donc j’en déduis que je ne renouvellerais pas ce rythme. Un maximum de 4 soirées de suite entrecoupées d’au moins 2 jours de repos me paraît plus adapté à mon rythme pour rester professionnelle.
Sinon, j’ai retenu l’évocation d’un sujet récurent chez les jeunes ces derniers jours : le pouvoir, l’abus de pouvoir de notre part. Plusieurs ont exprimé de manière différente leur inquiétude vis à vis de cela. Sommes-nous justes ? sommes-nous cohérents ? sommes-nous là pour eux ? ou ne faisons-nous que notre travail, avec comme seule motivation le fait de gagner de l’argent… ?
Pour ma part, je ne suis pas rémunérée, mais je me questionne quand même en tant que professionnelle.
Pourquoi faisons-nous ce travail ?
Voilà une question intéressante et très importante, qui fait intervenir l’éthique, notion que j’ai à peine commencée à explorer lors de mon mémoire d’étude sur l’accompagnement en licence professionnelle. Sur le terrain actuel de mon stage professionnel, au travers des remontées des jeunes ou de mon observation constante des situations, je ne me sens pas toujours à l’aise face à certaines de nos interventions ou de nos réflexions en rapport aux problèmes que nous posent les jeunes.
Pour illustrer, je vais prendre un exemple plus précis. Ces derniers jours, nous avons accueilli un jeune qui a rapidement posé problème à l’équipe parce qu’il remet en question beaucoup de choses, la société, les règles, et même le travail des intervenants. Il veut la perfection. Et bien sûr avec une facilité intellectuelle déconcertante et qui gêne beaucoup !!!
Pour ma part, je ne me suis sentie aucunement touchée, ni même embêtée par cette attitude, parce que mon coeur m’a dit de ne pas m’en soucier et de ne faire que le regarder, tout simplement, sans chercher à le caser, le juger, le comprendre ou même lui répondre. Et faisant cela, j’ai beaucoup ri ! J’aimais bien au fond ce que son attitude proposait à l’entourage : fonctionner avec le coeur, être cohérent(e) et centré(e), donner du sens…
Mais j’ai pu observer aussi en réponse à cela des réactions telles que : essayer de le convaincre, d’avoir raison ou finalement le rejeter, le juger d’intellectuel parce qu’on ne savait pas quoi lui dire ou faire avec lui pour obtenir gain de cause, car dans le domaine de la rhétorique et de la (contre) argumentation, il est fort le p’tit être, et il ne se laisse pas faire !!!
C’est pourquoi je ne me suis pas sentie à l’aise lors d’un changement d’équipe de jour/soirée, lorsqu’il a juste été considéré comme un problème pour les intervenants, la ressource ou les autres jeunes, et même limite un danger dont il fallait se protéger, sans prendre en considération le fait qu’il soit aussi une personne qui a un ou des problèmes et avec laquelle nous avons à effectuer un accompagnement. Et comme nous ne savons pas qui il est, quoi lui apporter, ni comment travailler avec lui qui est si réticent à notre intervention, il n’aurait pas sa place ici.
Je ne suis pas tout à fait d’accord.
Est-ce qu’accompagner, ce n’est qu’intervenir ? et est-ce qu’intervenir, ce n’est qu’agir, dire, faire respecter le cadre et écouter pour apprendre à connaître de manière intellectuelle ?
Quelle place donne-t-on au temps ? à l’observation “inactive” ? au non-agir, au non-dire, au non-faire et à l’écoute globale (avec tous les sens en éveil) ?
Quelle place donne-t-on au travail sur soi des intervenants avec une analyse de la pratique extérieure et neutre ?
Où commence l’abus de pouvoir ?
Que se passe-t-il lorsque nous sommes “coinçé(e)s ? acculé(e)s dans nos zones d’ombre ? pas à l’aise dans nos réponses ? pas à l’aise avec nos ressentis négatifs ?
Comment peut-on rester professionnel(le) lorsque l’on se sent mis(e) en difficulté par un jeune ? quels recours peut-on avoir pour ne pas tomber dans l’injustice ou l’abus de pouvoir, réponses faciles devant le mal à l’aise ressenti… ???
Comment puis-je savoir si ce que je fais, ce que je dis est juste ou injuste ? comment puis-je savoir ce qui est bon pour l’autre et ce qui ne l’est pas ?
Quelle place donne-t-on à l’intuition ou à ce que l’on entend en soi au-delà de l’intellect, dans le professionnel ?
Cela fait longtemps maintenant que je me visite, même dans les coins les plus sombres de mon intérieur. Peu à peu, je ne me cache plus rien sur moi-même et je ne cherche plus à (me) justifier, à répondre ou à comprendre. Je suis. Confiance. Et je regarde. Je regarde encore. Je prends mon temps. Je laisse le temps au temps… Jusqu’au moment où je “vois” et je laisse venir l’intervention, l’attitude, les mots, tout ce qui me vient à l’esprit face à ce que je vois ici et maintenant de la personne, du contexte, je laisse tout cela sortir et s’exprimer sans chercher à savoir, contrôler ou même comprendre à l’avance ce qui va se passer. Et vous savez quoi ? et bien ça donne de beaux résultats, des fruits cueillis juste à maturité… Et d’ailleurs, le retour des jeunes est immédiat, ils me remercient, sont contents du travail qui s’est effectué, et je les remercie aussi d’avoir été présents, partageant ces moments avec moi.
Voilà ma réaction, mes pensées. Si vous avez envie de partager les vôtres sur ce sujet, n’hésitez pas, je vous en remercie d’avance. »
Commentaires
par - sylvia - - depuis Tours en France - • 02 Juillet 2008 11:05
nous sommes tous silencieux apparemment ? comme d'hab mami chabada kamikase se lance : que répondre à cette réflexion d'accompagnement déjà éclairée, précise, qui pose les bonnes questions questionnantes ; je dis questionnantes car justement elle n'appellent pas forcément de réponse ; juste une démarche de positionnement personnel et professionnel, en marche vers une éthique ; je réponds juste à la synchronicité car je baigne aussi dans ces questions, dans l'accompagnement des enfants mais aussi désormais (j'en arrive juste) en tant que directrice des formations bafa (en France avec jeunesse et sports et les cemea) ; ma passion consiste alors à ajuster en permanence mon positionnement pour transmettre un effet de formation et de valorisation du projet de vie ; vaste programme pour être au plus près du mât qui marque la ligne entre l'abus de pouvoir et l'autorité formative ; juste un point de repère constant : si je suis dans la réaction, je punis ou rend dépendant la personne de mon approbation (abus de pouvoir) ; si je transmet le cadre et la loi, je suis l'autorité déléguée de ce cadre donnant à l'autre la possibilité de se positionner dans une situation donnée, et de se construire par la sanction en cas de transgression ; il a alors la possibilité de répondre lui-même de ses actes par la réccurrence de la transgression ou par l'acceptation d'une frustration qui va le socialiser... etc... etc... nous en reparlerons ici et poursuivrons encore dans la vie suivante... à bientôt la belle pour ceux qui aiment la technique du français : des chansons de colo : "c'était un grillon qui s'appelait dudule caché sous un rocher ile ne cessait de chanter : le cricri de la crique cri son cri cru et critique car il craint que l'escroc ne le craque et ne le croque car il craint que l'escroc ne le craque et ne le croque (2ème couplet dans une prochaine bafouille) on s'amuse bien en formation ! on apprend des chants !! c'était la minute de mami chabada sylvia
par Nelly Lepage • 03 Juillet 2008 17:46
Merci Sylvia... enfin une voix ! et c'est dommage que je n'ai pas l'air de la chanson, je me serais fait un plaisir de la chanter aux jeunes de mon stage !!! certains adorent l'accent français de France ! Sinon, les choses ont évolué depuis cette réflexion professionnelle, et l'exemple que j'ai évoqué a aussi évolué. En effet, le jeune a cessé de gêner car les intervenants ont dû réflechir et trouver ensemble des moyens de travailler avec lui sans se laisser partir dans la réaction. Il a été décidé aussi de cesser de projeter sur lui des projets qui ne sont pas les siens. C'est donc finalement très positif ! Quant à moi, j'ai fait encore un gros travail sur moi... et oui ! j'ai encore perdu quelques illusions à mon propos !!! Au début, je me suis sentie vraiment mal et paumée, puis peu à peu, le ciel s'est découvert. En clair, je croyais avoir gagné la confiance en moi en me nourrissant du retour positif des autres (jeunes ou intervenants), mais dès que je me suis retrouvée fatiguée et fragile, la peur et le doute ont refait surface aussi rapidement que l'éclair, et le moindre propos désobligeant faisait leur festin et les grossissait !!! ... donc je n'étais pas vraiment confiante profondément, le château de cartes s'était écroulé !!! Donc la leçon pour moi aujourd'hui est de puiser la confiance en moi, et non chez les autres !!!!!!!!!!!!!!
