Jocelynerichard

le blogue de Jocelyne Richard

sciences humaines, politiques, juridiques • bibliothécaire

Stage à Bibliothèque des sciences humaines et sociales de l'U. Laval

programme Coopération institutionnelle étudiante

28/04/2008 • A table !

« Cette fois encore je vous apporte de la lecture. Il s’agit de découvrir le joual (un mot dérivé de cheval d’après certains), autrement dit le parler populaire québécois qui s’avère être une part identitaire des québécois. Certains écrivains ont mis le joual à l’honneur dans leur œuvre ; c’est le cas de Michel Tremblay. Voici une dégustation tirée d’”Un ange cornu avec des ailes de tôle”. D’autres p’tites choses ont influencé mon choix : l’allusion à la Gaspésie et tout particulièrement la relation entre Michel et sa mère qui offre au cours du livre des passages irrésistibles.

« L’excitation était grande dans la maison. Nous partions, ma mère, mon père, Jacques et moi, faire le tour de la Gaspésie. […]
Nous devions passer par Québec, faire un détour par Charlevoix, le berceau québécois des Tremblay, prendre ensuite le traversier pour la Gaspésie, mais rien de tout ça ne m’intéressait. J’avais adoré ma grand-mère Tremblay, mais je ne voyais pas l’intérêt de faire des centaines de milles pour aller voir sa maison natale. Son emplacement, en fait, parce que la maison n’existait plus depuis longtemps.
« Y paraît que c’est ben beau de voir les bateaux partir de la Malbaie…
On peux aller les voir partir d’ici, y viennent jusqu’à Montréal !
Coudonc, veux-tu une claque en arrière de la tête, toi ? »
Mais peu à peu, devant l’excitation de maman-elle avait rajeuni de dix ans depuis le soir de juin où le voyage avait été décidé-, je me mis à ronger mon frein en silence pour ne pas gâcher sa joie.
Mes amis me trouvaient chanceux (« En Gaspésie ! Tu vas trouver plein d’agates au bord de la mer ! »), je les trouvais niaiseux. […]
Quant à moi, j’avais enfin une raison de vouloir partir pour la Gaspésie. Maman venait de me faire un superbe cadeau.
Juste avant de partir, elle m’avait pris à part :
« Que c’est que t’apportes comme lecture ?
J’voulais relire les prince Éric, de la collection « Signe de piste »… J’les connais par cœur , mais c’est tellement beau !
Laisse faire ça. J’ai quequ’chose pour toi…J’m’étais juré de jamais lire la même chose que toi après Patira, mais là… »
Elle tenait serré contre elle deux volumes mous, décrépis, aux coins de page écornés, des livres qui avaient été beaucoup lus et avec passion.
« Lis ça. C’est ta cousine Jeannine qui m’a prêté ça… C’est incroyable. Ça m’a faite…j’peux pas dire c’que ça m’a faite… Mais j’t’avertis, j’veux pas de discussion comme après Patira, par exemple ! Si j’t’entends dire un seul mot contre ce livre-là, j’te nourris pas pendant je restant de l’été ! »
Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy. […]
« C’est de toute beauté. Tu sais que Gabrielle Roy a gagné un prix, en France, avec ce livre-là, y’a quequ’années, hein ? Le prix Fémina. Y paraît que c’est pas aussi important que le prix Concours, mais que c’est ben important quand même… »
Elle me l’avait offert comme un objet précieux et délicat qu’on ne peut pas laisser entre les mains de n’importe qui. »

Si ce passage a éveillé votre curiosité, allez donc mettre votre nez dans les ouvrages de Michel Tremblay qui écrit depuis plus de quarante ans (théâtre, roman…).

Et puis quoi d’autre ?
La neige a levé le camp mais mon chemin se trouve malgré tout semé d’embûches ! Québec est constituée de deux niveaux communément appelés la Basse ville et la Haute ville. Pour faire le lien, il y a des escaliers interminaaaaaables !!!(j’ai dégoté une photo ancienne de l’escalier casse-cou que j’ai placé en bas de ce courrier) Ce n’est pas tout, quand je suis dans le bus, la chaussée ayant conservé comme chaque année des séquelles de l’hiver, elle abrite de nombreux nids de poule, alors me voilà ballottée !!! Plaisanterie mise à part, le budget alloué à la réfection des routes est très élevé ici. En plus, cet hiver a traversé pas moins de huit tempêtes, ce qui a engendré des interventions pour déblayer, sabler, saler les routes. La facture va être salée, elle aussi, pour le contribuable. Il est vrai que dans l’Allier, l’ampleur de l’hiver est toute autre. L’hiver nous laisse émerveillés devant l’apparition de quelques menus flocons. Ici, malgré les inconvénients inhérents à cette saison qui dure une bonne moitié de l’année, l’hiver fait partie des meubles. Néanmoins cette année, les autochtones désespéraient d’en voir le bout. C’est rigolo je suis tombée nez à nez sur une boutique consacrée aux décorations de Noël. La curiosité m’a incitée à entrer. Je me suis trouvée entourée de sapins artificiels auxquels étaient attachées des tas de choses brillantes, colorées… Et le magasin est ouvert toute l’année.

Bon, je pense que vous pouvez maintenant sortir de table! A bientôt! »

Escalier_casse_cou

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