le blogue de Laure Daugé & Ingrid Schoenlaub 
arts de la scène et création • danseuse et violoncelliste
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programme Action-Développement
08/03/2008 • MONSIEUR CHÈVRE-CHAUD
« Personne ne savait exactement qui était Monsieur Chèvre-Chaud.
D’aucuns le nommaient d’ailleurs “de Chambert”, ou “Archambaud”, alors que son vrai nom était en fait “Chamberlain”.
Monsieur Chèvre-Chaud avait un frère qui tenait sur internet un site qui ne servait presque à rien. Mais ceci est une “autre affaire”, comme on dit ici au Québec.
Monsieur Chèvre-Chaud déboula un jour au Studio Cormier par voie téléphonique, et décréta que “sans vouloir déranger, là”, des travaux longs, coûteux et bruyants commenceraient dès le lendemain.
C’était compter sans les intempéries canadiennes qui, Syndicat des Maçons oblige, empêchèrent que les Envahisseurs débarquassent séance tenante.
En effet, le dit lendemain, Madame Grenouille, un baromètre souriant et optimiste, indiqua moins onze. De fait, il fit moins dix sept et il ne se passa rien.
Malgré tout, I. était très remontée et elle partit jouer de son beau violoncelle, oubliant dans la bouilloire l’eau qui y frémissait.
Ce jour-là, I. était un peu comme ces femmes qui gagnent en caractère lorsqu’elles sont énervées parce qu’elles y prennent autant de couleurs : ce qu’on entendait émaner de l’instrument était par conséquent vibrionnant !
Quand L. arriva à son tour près de la bouilloire, elle vit l’eau en déborder à qui mieux mieux, et elle se dit que I., faite comme tout un chacun de 70% d’eau, devait ressembler à cela en-dedans d’elle même.
(Il faut préciser ici que la bouilloire du Studio Cormier a ceci de commun avec Madame Grenouille / Le Baromètre qu’elle est également très optimiste, et semble trouver que l’eau peut être toujours plus bouillante et plus bouillante encore ; aussi l’eau n’arrête-t-elle de bouillir que lorsqu’une main secourable débranche Madame La Bouilloire…)
Et c’est ainsi que L. et I. rencontrèrent SuperMario, le Chef des Maçons.
Le Chef des Maçons se reconnaît à la grosse voiture dans laquelle il est assis, et à son téléphone portable qui sonne “non stop”, comme on ne dit surtout pas, ici, au Québec.
SuperMario, outre une forte énergie patronale, possédait ces deux atouts parfois complémentaires : un zest de machisme et une forme de galanterie, mais il avait un point faible (ou un point fort, tout dépend assurément de l’angle sous lequel on envisage les choses) : la Francophonie !
Lui-même était de Québec, là où les constructions sont FRANÇAISES, où, en 2008, on fête la 400ÈME, et pas pour rien, car ici, au Québec, et dans la ville de Québec de SuperMario davantage encore, on est capable de faire une MANIF’ pour un mot !
Alors, comme SuperMario ne voulait surtout pas que I. ni L., deux petites françaises, partent “avec une idée amère de nous autres” (autrement dit : Monsieur Chèvre-Chaud et ses patates), il leur expliqua d’abord que “chorégraphe”, au Québec, était un meilleur mot que “danseuse” – qui fait penser à une “Ginette” un peu “top less”, tout comme en France “suçon” veut dire ce qu’il veut dire et n’a de friandise que l’appât…
Puis il promit que, dans la mesure du possible, il orchestrerait les impacts sonores, comme ça, quand il irait en France, il aurait peut-être des amis ?...
L. et I. espéraient que Monsieur Chèvre-Chaud et Monsieur l’Entrepreneur Général, chaque jour un peu plus polis (mais L. et I. maniaient maintenant le discours sur les nuisances aussi fluidement que celui sur la danse et le violoncelle), auraient eu la bonne idée d’engager un Monsieur Fenêtre, un Monsieur Peinture, et un Monsieur Toiture aussi francophones que SuperMario.
L. et I. étaient prises dans un drame cornélien : d’un côté, elles se réjouissaient que le vieil Atelier reçoive les soins qu’il méritait ; de l’autre, elles déploraient qu’on leur eût accordé moins d’importance qu’à un joint de ciment.
Pour se tranquilliser, elles allèrent trouver leur ostéopathe au nom prédestiné : Monsieur Saine, et l’avisèrent que, lui qui travaillait sur les tensions dues aux émotions, il aurait certainement à traiter de concert la colère, l’incompréhension, la déception et la lassitude.
(Elles prient une carte de visite pour SuperMario, en songeant à son point faible…)
Monsieur Saine enseigna à L. l’exercice du pingouin qui dit non, pour libérer les vertèbres cervicales, et L. pensa introduire ce mouvement approprié à leurs thèmes de recherche, puisque, paraît-il, il “faut s’inspirer de tout”...
L. et I. étaient maintenant cernées par les échafaudages et les spectateurs qui leur rendaient visite s’émurent de la situation ; certains voulaient même les aider à se reloger, si bien qu’en faisant le tour du chantier, L. et I. rêvaient aux clefs éventuelles, et riaient un peu jaune à l’idée d’être gérantes malgré elles…
Et puisqu’une solution était sur le point d’être adoptée – car les Conseils des Arts savent être de bons partenaires, elles n’alertèrent pas la presse, et se contentèrent d’un conte sur leur blogue ! ... »
Commentaires
par Annie Mullenbach • 15 Mars 2008 11:55
Un conte à ne pas dormir debout !... Où en êtes-vous à présent ? L. j'aimerais savoir en quoi consiste le "pingouin qui dit non" j'ai moi aussi quand je stresse des mauvaises histoires de vertèbres... Une danse de pingouins il y en avait une dans le dernier ( vraiment dernier) spectacle de Béjart...souvenir ému...
